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Compte rendu d'un voyage effectué avec mes soeurs


                AU FIL DE L’EAU 

        Nous aimons nous réunir chez Hélène et Gilbert dans  leur maison de Langlade pour la fête votive ou d’autres manifestations festives au milieu des taureaux, des orchestres où tout est bon pour faire la bamboula, et là, sur la terrasse au bord de la piscine au coucher du soleil, le concert des fourchettes est souvent accompagné de grandes rigolades.

       C’est à cette occasion et suite à leur première croisière réussie que nous avons, Solange, Alain, Pierrot et moi-même, commencé à cogiter et les suivre sur le projet éventuel d’une autre croisière ensemble. C’était oui, c’était peut être, on verra, mais  quelques semaines plus tard les inscriptions étaient complètes.

.      Dans ce laps de temps, Alain a eu de gros problèmes de santé, et là, encore beaucoup d’hésitation car Solange ne souhaitait pas venir sans son mari et le projet tomba à l’eau.  Alain  remit tout en route et encouragea Solange à s’inscrire, là encore beaucoup de conciliabules, des oui, des non. Il n’en fallait pas plus pour me décourager, car pour moi qui ne sais pas nager, me trouver au milieu de l’océan, j’étais mieux sur la terrasse de mon frère.

Les mois passaient mais c’était sans compter sur la pugnacité de Gilbert, qui remit le projet en route et après plusieurs réunions entre nous, recommença les relations avec l’agence de la  compagnie Costa de Savone en Italie. La croisière fut décidée et arrêtée.

        Douze jours en mer. L’Italie, L’Espagne Barcelone, Casablanca au Maroc pour Marrakech, Les Iles Canaries pour saint Cruz de Ténérife, l’Ile de  Madère au Portugal pour Funchal, Malaga Espagne. Je dois avouer que déjà le stress était là et le jour ou j’ai dit oui, personne ne sut que je pensais non. Mais après les formalités, le règlement, les projets étaient concrétisés et je me suis fait à l’idée que nous allions partir. Ma première croisière. Tout fut prêt à l’avance car on devait penser au trajet et se rendre à la gare prendre les billets de train, aller- retour. Ce qui s’est fait un après-midi avec Gilbert et Hélène.

       Je suggérais à tous de porter la même casquette pour nous aider à nous retrouver dans la ruée des excursions. Mon idée a été approuvée et appréciée plusieurs fois. Mon premier train corail, mon premier TGV, mon premier bateau quelle aventure à mon âge. Enfin le 23/9/06 arriva. La nuit fut courte, à 3heures du matin les valises étaient devant la porte. Gilbert vint nous chercher pour nous mener à la gare où il me laissa avec Hélène et Pierrot pour garder les valises, puis partit à Bouillargues où il laissa sa voiture et revint avec Solange et Alain qui ne put nous accompagner car sa santé ne le permettait pas.

       La gare n’ouvrait qu’à 5h et nous avons dû patienter pour le départ de notre train jusqu’à 5h57. Après avoir composté nos billets nous sommes montés sur le quai. Le train s’est arrêté une courte durée et nous sommes montés dans le wagon pour chercher, non sans peine nos places. Là première étape était réussie, via Nice. Devant la gare de Nice un car nous attendait et nous mena après 2h de route, au port de Savone en passant soixante douze tunnels.

En mer ! En mer !

C’est là que tout commença, dans une gare maritime immense ou les premiers  contrôles commencèrent avec l’affectation des cabines. Et là, oh surprise !

En empruntant la passerelle un paquebot géant surgit devant moi, moi petite fourmi obligée de rentrer dans ses entrailles et de cohabiter avec ce monstre. Europa était  son nom : 53000 tonnes, 243m de long, 31m de large, passagers : 1744, équipage : 630, Ponts : onze.

 Nous étions curieux de visiter nos cabines. 

 Pour Hélène et Gilbert, une cabine à deux places intérieures assez spacieuse mais sans hublot, pour nous trois, une cabine extérieure magnifique  avec un grand hublot, grande télé tout le confort, etc. A tour de rôle, on ouvrait tous les placards, les tiroirs, on essayait les lits, on visitait notre home avec beaucoup de gaieté.

Les valises commençaient à remonter des cales, celle de Pierrot puis la mienne, celle de Solange tardait toujours et ce fut un grand moment de stress. Elle n’apparaissait sur aucun des chariots qui passaient dans les coursives poussès par de jeunes philippins. Il fallait attendre car des milliers de passagers étaient dans cette situation. Enfin, là voilà un grand soulagement pour nous tous, car Pierrot qui était parti en éclaireur au fond des coursives était revenu effaré du monticule de valises qui était encore en attente.

        Mais les heures tournaient et un grand cri de sirène nous fit réaliser que le bateau allait appareiller. Vite, tous sur le pont onze pour voir s’éloigner  la terre italienne.

 Là, je réalisais que l’aventure commençait, que nous étions sur l’eau et que je n’avais pas pied ! Personne ne s’aperçut de mon stress, je voulais maîtriser cette peur (pas toujours évident). Heureusement que la bonne humeur, les rires et les cacades générales m’aidaient à l’oublier. Je n’ai touché le fond qu’une fois dans la nuit. Le bateau filait laissant derrière lui une grande écume blanche.

 A ce moment le haut-parleur nous informa qu’un exercice d’abandon du navire allait avoir lieu sur le pont six où de grandes barques étaient suspendues, en cas de cas. Chaque passager possédait un gilet de sauvetage et 5mn plus tard nous étions sur le pont, boudinés et mal ficelés dans nos gilets de couleur canari.

 Nous étions tenus de respecter les heures de repas et tous les soirs c’est au restaurant Orion que nous nous retrouvions. Le premier repas fut calme car la fatigue du voyage se ressentait. Tout ce monde qui s’agitait autour des tables, nous désorientaient et nous dépaysaient, ceci sans peine car tout le personnel était de nationalité différente. Notre serveur se nommait Zama, indien, le garçon de chambre Reyder, philippin, le sommelier Roberto, colombien, trente deux nationalités étaient représentées. Roberto était très affable et amusant dans ses airs de simplet. Le soir où il se présenta, ma langue a fourché et je lui ai demandé s’il était un colombin ? J’éclatais d’un grand fou rire qui se généralisa autour de la table. Gilbert me mitrailla d’un regard et m’apostropha d’un joli nom. Après notre premier repas, une petite visite nous mena dans les salons au pont huit où se tenaient toutes les soirées. La fatigue fut la plus forte et très tôt nous avons rejoint nos cabines. Heureusement, je dormis comme une marmotte et le lendemain je fus très étonnée de moi-même. Dans l’ensemble tout le monde avait bien dormi et comme les autres jours, nous nous sommes retrouvés pour le petit déjeuner.

D’un commun accord nous avions choisi nos excursions, il fallait aller retirer nos places à la réception, là, un malotru m’agressa sans raison et Gilbert qui était près de moi l’apostropha assez vivement en lui promettant de lui casser la tête ! Plus tard, ce personnage nous rattrapa et nous fit des excuses : Allez savoir pourquoi ? Nous en avons bien ri, mais apprécié sa démarche.

 Ce premier jour de navigation passa assez vite, dans l’attente du repas du soir qui était la soirée du commandant. A cette occasion tout l’ensemble de l’amirauté se présenta sur la scène du théâtre et nous accueillit avec une coupe de bienvenue. La tenue de rigueur était de mise, aussi les photographes nous attendaient à la sortie et tout ça dans la bonne humeur.

       Ce soir-là nous avons peu dansé car le lendemain nous avions une escale et prévu une excursion à Barcelone.

       En entrant dans la cabine une surprise nous attendait ! Sur le lit, notre garçon de chambre disposait nos pyjamas dans de très jolies formes. Un soir, Hélène retrouva sa chemise de nuit en chou- fleur, Gilbert son pyjama en forme de papillon (de nuit certainement) ! Sur le bureau une coupe de fruits leur était proposée en remerciement de leur fidélité pour leur deuxième croisière. Rien pour les nouveaux ! Le service était parfait, dans tous les domaines.

       Touts les soirs dans notre cabine nous lisions le Today,  petit journal qui nous guidait dans nos choix pour notre emploi du temps.

 Le lendemain vers 13h le bateau a accosté au port de Barcelone et nous étions libres jusqu'à 16h30. Première sortie, première erreur. Nous devions récupérer nos numéros de car dans la bibliothèque au pont huit, lieu de distribution. C’est avec beaucoup de difficulté qu’on finit par la trouver. On avait tourné en rond, les gens passaient, repassaient, trois fadas sac au dos se croisaient sans se voir : enfin la voilà ! La discothèque.

       Mais les minutes avaient tourné et notre car se remplissait, c’est en courant que nous avons été contrôlés, si vite que nous n’avons pas vu Gilbert qui nous guettait depuis bien longtemps, il courait derrière en sifflant et nous arrêta alors que nous  montions dans un autre car sans le voir. Pas question de parlementer ! « Mes sœurs sont dans mon car ». En parlant à la guide, il nous poussait tous les trois à l’intérieur. Ouf !ça commençait bien, un regard de biche de notre frère, nous scotcha dans nos fauteuils.

       Imperturbable, Hélène descendait toujours toute seule par les ponts indiqués et repérait le bon car. Son sens de l’orientation nous épatait et on se faisait tout petit à l’heure des rapports ! Plus d’une fois, elle m’orienta pour retrouver ma cabine qui se trouvait à tribord.

 Enfin, le car démarra et notre guide nous mena devant la magnifique cathédrale : la Sagrada  Familia et nous montra l’œuvre réalisée par plusieurs architectes  pour l’édification qui durait depuis des années. On ne pouvait pas partir sans passer sur les Ramblas où les artistes, grimés à la perfection, mimaient leurs personnages. Plusieurs photos accompagnent nos souvenirs. Un tahitien habillé de fruits nous proposait une photo sous de grands chapeaux chinois, garnis de bananes, de pommes et de citrons. Toutes les trois, nous avons cédé au flash.

       Retour au bateau, passage obligatoire à la coupée et nous revoilà à bord. Un appel général nous demanda de bien vouloir retarder nos montres d’une heure.

Appareillage aussitôt.

Ce soir-là vers minuit nous étions invités à visiter les cuisines. Nous n’avons pas regretté notre décision. A l’entrée, une tête de cheval sculptée dans un bloc de glace fondait gouttes à gouttes. Plus loin que des surprises ! Les cuisiniers avaient décoré le passage avec des compositions faites de fruits et de légumes. Des poireaux, des poivrons, du céleri formaient une gerbe de fleurs, un canari était en cage sculpté dans une pastèque. Un chou -fleur représentait un petit caniche, etc. Magnifique travail d’artistes, beaucoup d’imagination dans la création.

Tous les lieux de travail respiraient la propreté. Mais la soirée continuait par un gala où un repas froid nous était offert. De l’entrée au dessert, une multitude de plats de toutes les couleurs décoraient les tables. Malgré l’heure tardive notre petit groupe apprécia le menu.

       Une nuit de navigation et le bateau accosta au matin à Casablanca, pour Marrakech notre excursion. La leçon de la veille nous ayant servi,  nous étions bien sagement à l’heure à nos places dans le bon car pensant  nous remettre de nos émotions. C’était utopique, 53 cars étaient alignés pour le départ. Notre voyage était très long, 500km aller-retour, notre car très court, résultat : de  nombreuses courbatures.

 Mais tout cela se serait bien passé si notre chauffeur ne détenait pas le premier prix des kamikazes. Monsieur ne supportait personne devant lui. Je pensais que des lunettes noires lui masquaient la bande médiane blanche de la route. Il doublait à tour de bras. Quelques clins d’œil  s’échangeaient avec les passagers, parfois des ho ! Ou des ha ! De stupeur. Notre guide était marocain avec la djellaba, babouches et l’accent de là bas, dis ! Nous avons traversé la palmeraie ou des dromadaires au bord des oasis étaient en attente des touristes. Le car s’est arrêtait pour quelques photos.

 La visite de cette ville nous a beaucoup déçu dans sa misère. Par précaution, le guide nous demanda de mettre nos petits sacs sous nos vêtements. Ce jour là Mme Sarfati  était plus élégante que moi ! Les quartiers respiraient la pauvreté, les rues artisanales étaient sombres et étroites, au fond des échoppes, de jeunes enfants travaillaient les métaux, le cuir ou le cuivre.  La poussière et une odeur âcre nous prenaient à la gorge. Plus loin, les souks où les vendeurs nous haranguaient pour des tapis ou des tissus brillants de toutes les couleurs.

Le palais Bahia du Vizir, Premier ministre de Marrakech,  nous rappelait les favorites du sultan. Les pièces spacieuses étaient garnies de faïences et les plafonds de marqueteries de bois de cèdre. Son charme oriental lui a valu de servir de décor à quelques films tournés au Maroc : Ali Baba et les quarante voleurs. Un jardin riche en végétation précédait l’accès.

Enfin arriva l’heure du repas dans un restaurant typiquement arabe. A l’entrée, deux femmes vêtues de couleurs criardes nous entouraient de leurs bras et dans un grand sourire le flash des photographes nous immortalisait en Afrique. Le repas était composé d’une tagine et d’un couscous peu appétissant. Dans une musique bruyante nous sommes repartis, toujours au pas de course, visiter un grand magasin d’Etat qui se trouvait au pied des remparts. La grande place Jamaâ al fna termina notre sortie. Quelques personnes seulement ont désiré descendre du car, Gilbert en revint penaud. Trop de monde, pas assez de temps. Moi, je crois que la crainte de se retrouver avec un serpent autour du cou ne lui donna pas l’envie de s’éterniser dans ce capharnaüm.

L’heure tournait et il fallait rentrer, 3h/30 dans les mains de ce fou du volant. Au retour, après étions en plein ramadam et je compris que le chauffeur était à jeun. Mon estomac me fit plus mal que le sien et je demandais au soleil d’aller vite se coucher avant que j’use, à force de m’y crisper, le dossier de mon voisin. Au crépuscule discrètement le guide lui passa un sandwich. Moi, j’aurais préféré lui passer un savon. J’enviais Solange qui dormait, Pierrot se tenait à son sac et freinait plus que le kamikaze. Gilbert et Hélène lançaient des regards furtifs peu rassurants. Le retour en pleine nuit a été un vrai tord boyaux. Ironie du sort, nous sommes arrivés dans les derniers au restaurant, sans nous changer, froissés et fatigués.

 A l’entrée, le chef de rang lança un regard sur notre tenue et je m’en excusais, mais dans un sourire, me répondit : no problème !

 Nous voulions passer inaperçus, mais après le repas Hélène, Solange et moi ne trouvions plus la sortie ce qui  nous obligea à passer deux fois devant les mêmes tables avec un grand fou rire. Le stress du voyage nous avait désorienté. Vite une petite toilette et nous nous sommes retrouvés au grand salon pour nous détendre et faire quelques danses. Solange participa à la chenille et embrigada Pierrot pour un tango. Gilbert me fit danser, par maladresse je lui marchais sur le pied, déséquilibré  je m’agrippais à sa main, à ce moment là il grimaça et prit son doigt endolori de douleur. Comme il fait toujours le zouave, et n’est pas en manque de calembredaines, j’éclatais de rire. Je ne compris pas tout de suite, j’avais oublié son altercation avec notre agresseur. Sa souffrance était réelle.

       Le lendemain était journée navigable, donc nous avons décidé d’avoir quartier libre jusqu’à midi. Pierrot et Gilbert sont allés visiter la salle de                          

 gymnastique. Deux, trois mouvements sur le rameur ont malmené son cœur ! Tous ces appareils de torture ont anéanti ses performances.                  Sauve qui peut !  

Vite sur le pont onze où pour le repas du midi nous aimions manger dans une des cafétérias en regardant la mer qui nous accompagnait avec de légers moutons.

Après le repas, j’ai voulu me payer une envie qui me taraudait et je suis partie m’installer sur un transatlantique au pont six. J’aimais cette passerelle calme et très large.  Dans ce décor féerique avec  la mer à perte de vue, je sombrais dans un profond sommeil. Plus tard, Solange en faisant sa ronde, me vit et me laissa dormir.

 Cette après midi-là, nous avons fait les magasins ; bijoux, vêtements, Gilbert a failli acheter le chapeau de JR avec les bottes de Dick Rivers. Les femmes se sont contentées pour cette fois de toucher en disant ! On verra plus tard. Toutes les photos qui étaient prises sur le bateau étaient affichées sur de grands présentoirs et, le soir, avant le repas, on achetait les plus jolies ! Peu souvent.

Notre commando était bien rodé à tour de rôle, nous gardions nos places pour le théâtre, pas question de manquer ça. Après, la soirée continuait dans les salons dansant le rétro ou le jazz. Plus loin un musicien jouait de la musique classique et berçait les mélomanes au son d’un piano. Une garderie pour les enfants, une bibliothèque ou nous aimions lézarder au coucher du soleil. Une salle réservée uniquement aux jeux vidéo, la discothèque, un salon fumeur, et le casino complétaient la fin du bateau.

 

Dans la salle de jeux un  bandit manchot nous tendait son bras, l’envie fut la plus forte et contre l’avis de Pierrot, je lui tendis le mien avec un billet de dix euros.

Je jouais, comme Solange, Gilbert et Hélène. Il nous laissa croire à la chance en nous laissant tomber plusieurs fois par dizaines de nombreuses pièces. Là, Pierrot commençait à nous envier, je lui passais quelques jetons et il s’installa lui aussi à une machine. Un gagnant de plus ! Les pièces tombaient toujours ! Les  gens en passant riaient de nous voir rire…Mais !

Holà, La rigolade est terminée ! Le bandit manchot  nous happa tous nos jetons dans de grands fous rires. C’est bien la première fois que perdre de l’argent me laissait  hilare. Seule, Solange tira son épingle du jeu et gagna sa mise. Bravo ! Nos soirées étaient très riches en événements et en rigolades.

       Depuis 22h le bateau naviguait en longeant les côtes du Maroc puis se dirigea vers les Iles Canaries. Ce soir-là pendant la traversée le bateau subit quelques mouvements brusques, occasionnés par l’onde atlantique. La houle était très désagréable et me stressait. Nous avons dû interrompre de danser un tango avec Pierrot.

       Le mal de mer ne quittait plus Hélène qui resta indisposée jusqu’au lendemain. Pour la deuxième fois un appel nous informa de bien vouloir avancer nos montres d’une heure. Avec regret, chacun regagnait sa cabine car demain les Iles Canaries nous attendaient pour visiter S.Cruz de ténérife.

 

Au matin à neuf  heures tous dans le car pour la journée. Nous avions choisi Garrachico et la Laguna ancienne capitale de l’Ile inscrite par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial. La visite a commencé par le marché aux fleurs de mille couleurs. Les rues étaient bordées de maisons bourgeoises très colorées en style précolombien. Des palais aristocratiques du XVIII Siècle avaient des façades imposantes notamment l’Alhondiga et son beau patio intérieur. Des couvents et des sanctuaires jalonnaient aussi les rues avec l’occasion de se faire baptiser, illico, comme Gilbert qui à la sortie de la visite reçut des fientes de pigeon sur sa casquette. Allez savoir ce qu’il a raconté dans le confessionnal ? En religion le  mensonge fini toujours, en punition, mon frère ! Tout le monde riait sauf lui. Merci la casquette !

       A travers une jolie petite cité, la promenade nous permit d’arriver au Castillo de San Miguel, un fortin du XVI Siècle. Le repas du midi nous a été servi à l’hôtel Ténérife Playa en face du spectaculaire panorama avec vue sur l’océan. Une ballade au bord de mer nous mena dans plusieurs magasins où nous pouvions dépenser nos euros. Une petite falaise, couverte de pierres noircies par la lave, formait une petite plage où se prélassaient des touristes, allongés sur leur serviette, posée sur des galets noirs. En rentrant, un arrêt était prévu au jardin botanique de Puerto de la Cruz où une collection de plantes exotiques, d’arbres et de fleurs embaumaient si fort que je dus sortir du jardin et me réfugier dans le car. Dans ce climat paradisiaque la végétation et les Iliens s’épanouissent  dans un climat de rêve. La visite s’est terminée dans la bonne humeur et nous avons retrouvé notre bateau qui était prêt à appareiller pour Madère une Ile portugaise.

        Le bateau a navigué toute la nuit pour accoster sur l’Ile  à 8h du matin. Ensemble, nous avons choisi de visiter Funchal. A quai, le car nous attendait pour Miradouro das neves d’où l’on pouvait apprécier la vue sur la ville. Amarré au port notre bateau n’était pas plus grand qu’une maquette. Dans un  joli petit village, Camacha centre artisanal de Madère (osier, céramique, etc.) nous avons pu faire quelques achats.

 Nous avons repris la route vers Monté à 660m au-dessus  du niveau de la mer connu pour ses jardins subtropicaux. Dans ce cadre, une église abrite la tombe de l’Empereur Carl, dernier roi d’Autriche. Nous avons profité de ce site pour prendre encore quelques photos. En redescendant le car a stationné sur une grande place avec de nombreuses animations, des kiosques anciens étalaient leurs marchandises et partout des fleurs et des arbres magnifiques.

       Sur un banc, un musicien jouait de l’accordéon, Gilbert n’a pas résisté et avec son accord a joué quelques notes, il était tellement pathétique qu’un passant laissa tomber une pièce dans la sébile. Inutile de faire des commentaires, nous en rions encore.

       Nous avons continué notre visite, en empruntant une rue qui avait une dénivellation impressionnante. Au sommet, des hommes équipés de chaussures ressemelées avec du caoutchouc,  attendaient les touristes afin de les descendre dans des corbeilles d’osier, qui reposaient sur de grandes lames de bois, ressemblant à des skis. Placés derrière le traîneau et reliés aux corbeilles par une grande sangle de cuir, ils freinaient à l’aide de leurs pieds, en évitant les voitures qui montaient la rue en sens inverse.

 Sensation garantie.

 Mais pour nous, le plus difficile restait à faire, nous avions choisi de descendre avec le téléphérique sur 3k400 ! Du haut de ses grosses bulle de verre la beauté était plus forte que la peur. Des bananiers chargés de fruits se voyaient  à perte de vue. D’autres garnissaient les jardins privés. Funchal, était de toutes les couleurs, cachée sous un ciel de fleurs.

Notre croisière se déroulait au fil de l’eau. En montant à bord, un dernier changement nous ramena à l’heure européenne.

 A 17h en mer, via Malaga. Nous retrouvions la côte ibérique. Vers minuit, Pierrot et Solange sont montés sur le pont onze pour apercevoir le détroit de Gibraltar. Le vent était si fort, qu’ils s’accrochaient à la rambarde sans pouvoir avancer. Prudence, Eole soufflait trop fort. Ils ont rebroussé chemin et nous ont rejoint au grand salon.

       Le   lendemain  nous  étions   amarrés à Malaga en   Andalousie, un des ports les plus anciens de la méditerranée. La ville était noyée sous une végétation luxuriante. Des arbres centenaires, des frangipaniers couverts de fleurs odorantes longeaient les rues. Une imposante cathédrale commencée en 1528 est parmi les monuments les plus imposants de la renaissance andalouse. Devant le parvis, un petit arrêt  pour admirer la magnifique architecture et tous les Saints représentant la genèse. Le car devait nous reprendre là, devant de magnifiques calèches qui attendaient les clients. Solange s’attardait dans un magasin, l’inquiétude me gagnait. Gilbert l’aperçut, elle se dirigeait ailleurs sans nous voir ! Quelques hou ! hou !  là voilà avec nous. Vite le car arrive. On ne s’ennuyait jamais !

      L’Alcazaba, dernier rempart des Maures, est le plus grand monument arabe de la ville. Au bas des murailles        les arènes où de grandes corridas attirent toujours les aficionados. Nous avons déploré la fermeture des musées le dimanche, surtout celui de Picasso, dans des villes pourtant, très touristiques. Un dernier arrêt en centre ville nous emmena dans un grand magasin où une dégustation de madère nous était offerte avec l’opportunité d’acheter des alcools. Sur des étagères de verre, de très belles pièces de faïence, peintes de toutes les couleurs représentaient Malaga. Solange choisit un joli plat assez imposant et il fallut cogiter pour le transport. C’était notre dernière excursion, à 12h30 le car nous ramenait au port.

         Le bateau appareilla à 13h et du pont onze notre lieu préféré, pour le repas du midi, nous avons regardé, pour la dernière fois, les autorités portuaires monter à bord par la porte latérale, en bas du bateau et guider l’Europa à sortir de la rade. Un remorqueur  longeait la coque, une fois les manœuvres terminées, le commandant du port sautait avec une grande agilité sur la passerelle du remorqueur. Celui-ci s’éloignait et les marins nous quittaient en agitant les bras. Du haut de notre monstre avec un peu de blues, dix mains les saluaient. A notre tour, nous avons dit adieu à l’Andalousie.

        Pour la dernière fois nous avons pris notre goûter qui était devenu une institution, à 4h tous sur le pont onze à déguster des fruits et des gâteaux à volonté. Dans le sillage blanc et écumant du bateau, au pont six,  nos dernières photos immortalisaient nos vacances.

 Nous approchions de l’Italie, et le soir pour le dernier repas à bord, les serveurs et les cuisiniers avaient organisé une soirée spéciale, dans une ambiance folle. Accompagnés d’une musique italienne, tous les touristes chantaient en faisant tourner les serviettes par-dessus les têtes. Les serveurs, sollicitaient les dames pour danser. Solange fut invitée par Zama, et moi je me retrouvais dans les bras du sommelier, pour finir entre les tables dans une chenille désarticulée dans de grands fous rires. Cette soirée, clôturait notre croisière avec de magnifiques souvenirs. Je savais que je ne passerais  plus le détroit de Gibraltar,  ne reverrais  jamais la côte africaine. L’après-midi  passa à faire les valises.

Le bateau avalait les milles marins pour encore une nuit de navigation et nous débarquer au matin à 9h à Savone.

Nos valises étaient dans les soutes depuis minuit, munies d’une étiquette blanche, notre couleur représentant notre car pour Nice. Le matin, rassemblés dans les salons, nous attendions l’appel de notre couleur, pour joindre le quai. Dans les coursives, les ascenseurs, les grands escaliers  les passagers se pressaient mélangeant les couleurs. Bousculée, Solange ne nous suivait plus, prise de panique je stoppais la file, aggravant la mêlée. Gilbert inquiet aussi, attendait, enfin elle arriva désolée de ce contre temps. Le stress m’accompagna jusqu’à Nice.

 Les pieds sur terre nous avons attendu notre train au buffet de la gare en dégustant un petit en cas. Pendant le repas un coup de fil d’Alain nous informa que nous serions attendus à Nîmes par Cyril et Amandine et invités à manger ensemble à Bouillargues. Le train est arrivé très tôt ce qui nous a permis de prendre tranquillement nos places.

Attention !      prochain arrêt :   Nîmes.

                                                           Octobre 2006.

 

    Merci à mon frère, Gilbert, organisateur hors pair.

A ma belle-sœur, Hélène, toujours souriante et disponible.

A ma sœur, Solange, mon ange gardien qui veillait sur moi.

A Pierrot, qui a su affronter l’aventure.

A vous, sans qui, je n’aurais jamais franchi toutes ces frontières, au sens propre comme au sens figuré, car pour moi c’était une aventure. C’était féerique et le restera.

CALINE

 
   

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